Texte de l'évangile de vendredi (Marc 10, 1-12)

Après le repas au bord du lac, Jésus ressuscité demanda à Simon Pierre : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" -- "Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit : "Prends soin de mes agneaux."
16 Puis il lui demanda une deuxième fois : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?" -- "Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit : "Prends soin de mes brebis."
17 Puis il lui demanda une troisième fois : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?" Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait demandé pour la troisième fois : "M'aimes-tu ?" et il lui répondit : "Seigneur, tu sais tout ; tu sais que je t'aime !" Jésus lui dit : "Prends soin de mes brebis."
18 "Oui,  je te le déclare, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu attachais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras, un autre attachera ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas aller." 19 Par ces mots, Jésus indiquait de quelle façon Pierre allait mourir et servir ainsi la gloire de Dieu. Puis Jésus lui dit : "Suis-moi !"
 

Le vrai pasteur du Christ


Jésus pose trois fois à Pierre la même question, "
M'aimes-tu ?", qui rappelle le triple reniement, puisque Pierre devient triste à la troisième interrogation de son Seigneur, comme si Jésus doutait de son amour et de son dévouement. Pierre rachète sa triple défaillance par sa triple profession d'amour et de fidélité.
Mais l'accent dans ces questions porte surtout sur le lien étroit entre l'autorité conférée à Pierre dans la communauté - "pais mes brebis" - et l'amour du Seigneur - "m'aimes-tu ?". Jésus reprend l'image séculaire du pasteur, dont l'autorité sur les brebis consiste à les conduire, à les nourrir, à les protéger et à les amener ensemble dans l'unique bercail.
Pour exercer l'autorité, Pierre, qui représente tous ceux qui recevront du Seigneur un mandat d'autorité dans l'Église, doit avoir en lui l'amour du Christ, qui rayonnera sur les brebis. Sans amour, aucune autorité, quelle qu'elle soit, ne peut produire des fruits.
Cette autorité ne se limite pas à celle qui se concentre dans un titre, évêque, prêtre, parents,… Elle s'applique à toute personne qui a reçu de Dieu une valeur, un don, qu'elle a le devoir de communiquer : la vie biologique et spirituelle, l'éducation,… Nous avons tous reçu de notre Créateur des dons que nous n'avons pas le droit de conserver pour nous-mêmes. Pour les communiquer, il faut avoir en nous l'amour de Dieu. L'efficacité de toute communication se mesure avant tout à l'amour que l'on ressent à l'égard de la personne à qui nous nous adressons.

Fidélité à la suite du Christ


Cet amour du Seigneur se manifeste dans la fidélité à suivre le Christ, chacun selon la vocation qu'il a reçue. Celle de Pierre consistera à "
étendre les mains" comme son Maître. Les trois expressions, "étendre les mains", "nouer la ceinture", "être conduit là où on ne voudrait pas" décrivent la crucifixion. Comme tout chrétien, Pierre rendra vivante en lui la figure du Christ par son "martyre", son "témoignage", car tel est le sens du mot "martyre" en grec.  Cette prophétie de Jésus est la mention la plus ancienne du martyre de Pierre, probablement à Rome, vers l'année 67.
Le genre d'exécution que subira Pierre sera le même que celui de Jésus. Aussi l'interprétation semblable de cette mort, qui "
glorifiera Dieu", reparaît ici pour Pierre, comme pour Jésus, qui avait expliqué que son élévation de terre, sur la croix, procurerait la gloire de son Père.
Comment la mort de Jésus, celle de Pierre et de tout chrétien peut-elle procurer la gloire de Dieu? L'offrande de sa vie à Dieu dans l'abandon confiant de soi-même dans la foi constitue la preuve extrême de l'amour. Cette ouverture du coeur à Dieu lui permet de se rendre présent et d'apparaître dans celui qui lui a tout donné. La gloire de Die est cette présence lumineuse en celui qui l'accueille.
La relation d'amour mutuel, devenue parfaite dans le don total, produit l'union intime du Père et du Fils, qui habitent l'un dans l'autre, et qui, de même, vivent dans une habitation mutuelle en chaque croyant.


Jean-Louis D'Aragon, s.j.