L'évangile du samedi (Mc 9, 2-13) - St Polycarpe

Jésus, avec Pierre, Jacques et Jean, monte sur une haute montagne où il est transfiguré. Ses vêtements deviennent d’un blanc éclatant et unique. Élie et Moïse apparaissent et s’entretiennent avec Jésus. Pierre suggère de faire trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie. Il ne savait pas quoi dire tant il était effrayé. Une nuée les couvre de son ombre et une voix s’adresse aux disciples: Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. Soudain, il n’y a plus que Jésus qui leur donne la consigne du silence avant que le Fils de l’homme soit ressuscité. Les disciples posent une question sur la venue d’Élie avant celle du Messie. Jésus répond qu’il est déjà venu et qu’il n’a pas été reçu.

Les trois disciples que Jésus a choisis pour l’accompagner ont déjà eu le privilège d’assister à la résurrection de la fille de Jaïre. Ils ont besoin d’être éclairés et raffermis car ils seront aussi les témoins de l’agonie du Christ. (Marc 14,33)

Cette scène apporte une révélation importante dans l’évangile de Marc qui jusqu’ici avait souligné la question: Qui est cet homme? D’abord on était frappé parce qu’il parlait avec autorité, c’est-à-dire comme quelqu’un qui avait  une connaissance des choses de Dieu comme nul autre.(1,27) Tous sont stupéfaits de le voir guérir un paralysé mais d’autres, en même temps, se demandent comment peut-il oser déclarer que les péchés sont pardonnés .  (2,12) Comment peut-il se permettre de manger avec les publicains et les pécheurs. (2,16) Même les disciples frissonnent et se demandent: Qui est donc celui-là que même le vent et la mer lui obéissent? (4,41) L’identité que les gens de Nazareth connaissent, le charpentier, le fils de Marie, n’explique pas cette sagesse qu’il possède. (6,3) On essaie de le définir: c’est un prophète comme les autres, c’est Élie, c’est un nouveau Jean Baptiste (pour Hérode). (6,14; 8,28) Finalement, à la question posée par Jésus, c’est Pierre qui répond au nom des Douze: Tu es le Christ. C’est le titre pour caractériser un envoyé de Dieu pour libérer et sauver. Jésus accepte le titre mais immédiatement le clarifie en déclarant que sa mission passe par la Passion.

Or, la scène aujourd’hui vient révéler un aspect caché et très important, celui de Fils de Dieu. Cette révélation était déjà venue du ciel au moment du baptême de Jésus. A ce moment-là, elle n’était pas adressée à la foule, ni même aux disciples mais à Jésus lui-même: “Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur.” C’était la confirmation de sa mission. Ici, la parole est adressée aux disciples: “Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le.” Celui qui est le Messie qui vient libérer et sauver, c’est le Fils de Dieu lui-même. Sa véritable identité est cachée dans son humanité mais elle est là, bien réelle et agissante. D’où l’injonction: Écoutez-le. Accueillez ses paroles; acceptez sa mission telle qu’il la vit. Ce sont les paroles et les actions du Fils de Dieu.

C’est évidemment seulement après la Résurrection que toute cette dimension sera perçue par les disciples. Pour le moment, c’est la vision de Jésus en gloire, la révélation de sa divinité. Pour cela, on accumule les éléments qui sont révélateurs de la présence divine dans de telles occasions. Jésus et ses disciples sont montés surune haute montagne: la montagne est un lieu de rencontre de Dieu comme pour Moïse au Sinaï et Elie à l’Horeb. Jésus est métamorphosé, dit le grec, devant ses disciples. Ses vêtements, qui représentent sa personne, deviennent resplendissants d’une blancheur sans pareille. Les vêtements blancs sont le signe des élus en présence de Dieu comme la luminosité est le signe de la gloire de Dieu qui accompagne l’ange du Seigneur lorsqu’il annonce la naissance de Jésus aux bergers. La présence de Moïse rappelle la présence de Dieu au Sinaï, le don de l’Alliance, la Loi, tandis qu’Élie représente les prophètes. Jésus amène à la perfection la Loi et les Prophètes.

Pierre est saisi de crainte. Cette crainte revient dans les expériences de la présence de la divinité. Il voudrait garder cette présence et fait une suggestion naïve de trois tentes pour garder les trois personnages. Une nuée vient les couvrir. La nuée dans l’Exode était le signe de la présence de Dieu qui guidait et protégeait son peuple. Elle est comme l’ombre qui est venue sur Marie au moment de l’Incarnation. C’est de cette présence que vient la parole: “Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le.”

Ils redescendent de la montagne. C’est le retour à la vie normale et parfois brutale. C’est l’endroit aussi où vivent les lecteurs de Marc à Rome dans des temps difficiles. C’est là qu’on répond à la demande: “Écoutez-le.”

Jean Gobeil SJ

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