L'évangile du jeudi (Mt 18, 1-5.10)

 L’évangile d’aujourd’hui nous montre un Jésus qui n’est pas très gentil envers ses disciples. Ces derniers, comme la plupart d’entre nous, sont assoiffés de pouvoir. Leur question : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ?» signifie : qui d’entre nous obtiendra le rôle de commandant? Chacun d’eux voudrait être proclamé chef des autres. Aucun d’entre eux ne s’attend à la désagréable surprise d’être désavoué sans façons. Les disciples, qui ont probablement discuté de cette question mais ne sont pas parvenus à se mettre d’accord « démocratiquement », ont décidé de s’en remettre à Jésus pour qu’il tranche. Mais au lieu de répondre simplement à une question très claire, Jésus prend le détour d’une mise en scène déconcertante. Il fait venir un enfant et le plante au milieu d’eux. J’imagine qu’il prend quelques minutes pour créer un suspense, les inquiéter et capturer ainsi leur attention. Et quand la tension est à son comble, il leur dit sans ciller qu’ils sont nettement hors jeu : « En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez pas pour devenir comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. »

Après cette douche froide, Jésus leur indique l’attitude à adopter : « Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille. » Cela veut dire que dans le Royaume qui vient, il n’y aura ni domination ni soumission. La loi du monde fondée sur le principe darwiniste voulant que les forts survivent et que les faibles s’éliminent est déjà condamnée. Jésus invite donc ses disciples à consentir dès maintenant à ce renversement radical en se mettant au service des enfants, des faibles, des exclus. Car, dans les cieux, même les anges qui se tiennent en présence du Père, traitent ces petits avec les plus grands égards.

On peut constater que la personne qui a choisi l’évangile à méditer aujourd’hui n’a pas osé nous agresser en proposant le texte intégral. Quatre versets ont été passés sous silence, soit Mt 18, 6-9. On saute du verset 5 au verset 10. La raison de cette coupure est évidente : il s’agit d’un adoucissement car les propos de Jésus sont d’une extrême violence dans le passage supprimé. Je ne résiste pas à la tentation de reprendre ce morceau censuré pour rendre Jésus « politiquement correct », malgré lui! Il maudit quiconque entraîne dans la chute un seul de ses petits. « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une meule au cou et qu’on le précipite dans l’abîme. » Puis il donne des conseils qui semblent parfaitement impraticables : « Si ta main ou ton pied entraînent ta chute, coupe-les et jette-les loin de toi… Si ton œil entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi… »

Ces paroles sont difficiles à digérer dans notre monde qui prétend que la violence et la cruauté sont dépassées et hors-la-loi. Mais le non-violent de Nazareth n’entendait certainement pas qu’on prenne son discours au premier degré. Il n’incitait pas ses disciples à se mutiler à la machette chaque fois que je ne sais quel organe de leur corps les induirait en tentation. J’imagine le doux prophète de Galilée prononcer ces phrases dures avec un sourire entendu, narguant ses disciples en leur proposant l’impossible pour obtenir le maximum. Il les savait capables d’humour, comme nous. Il faisait confiance à leur intelligence comme à la nôtre. Car, l’intention de tout discours utopique est de secouer le conformisme et l’existence paresseuse pour favoriser l’avènement du nouveau. Les mots de Jésus ne sont pas ceux d’un « terroriste », mais ceux d’un défricheur, d’un laboureur qui va confier à la terre les graines du Royaume pour assurer le triomphe de la vie qui ne finit pas.

Melchior Mbonimpa
 

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