L'évangile de jeudi (Lc 12, 49-53)

Jésus disait à ses disciples : "Je suis venu apporter un feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit déjà allumé ! 50 Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse pour moi jusqu'à ce qu'il soit accompli ! 51 "Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. 52 Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. 53 Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère."

Commentaire

À la naissance du Sauveur, un ange du ciel annonçait cette heureuse nouvelle au groupe des privilégiés, les pauvres bergers: "N'ayez pas peur, un Sauveur vous est né." (Lc 2,11) Puis une multitude de l’armée céleste loue Dieu :  "Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir !" (Lc 2,14) La mission du Sauveur consiste donc à apporter la paix à l’humanité.

Lorsqu’il couronne sa mission par sa résurrection, le Seigneur rencontre ses disciples en leur souhaitant la paix. (Lc 24,36 ; Jn 20,19) À la fin du dernier repas avec les siens, il leur avait promis la paix, dont il est la source  "Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix." (Jn 14,27) "Je vous ai parlé ainsi pour que vous ayez la paix en moi." (Jn 16,33)

Comment Jésus peut-il dire maintenant que ce n’est pas la paix qu’il vient établir dans le monde, mais la division et la guerre ? Comment comprendre cette apparente contradiction ?

Feu et baptême

Le feu est un symbole, qui, à travers la Bible, signifie la présence purificatrice de Dieu. Il se présente en Juge qui discerne le bien du mal et qui sépare le bon grain de la paille. À la Pentecôte, l’Esprit descend sur chacun des disciples présents sous la forme de langues de feu. (Act 2,3) Il vient les purifier et, en même temps, les fortifier et les inspirer de louer les merveilles accomplis par le Seigneur. À ces Galiléens, des pêcheurs ignorants, il donne le courage de s’adresser à la foule et d’affronter les 71 membres du Sanhédrin, la plus haute autorité chez les Juifs. (Act 4,1ss ; 5,17ss)

Le baptême noie dans la mort celui qui y est plongé. Le péché et la souffrance du passé disparaissent dans l’eau du baptême. Purifié de tout mal, le baptisé sort transfiguré de cette immersion.

Impossible d’être neutre

Au nom de Dieu, son Père, le Christ offre au monde la vie, la paix et le bonheur. En le ressuscitant, Dieu lui donne son propre titre de "Seigneur", pour qu’il soit la source de la paix et de tous les biens qui peuvent combler la personne humaine. Pour recevoir cette paix, le monde doit s’ouvrir au Ressuscité par la foi. C’est une décision libre que chacun prend face au mystère du Crucifié-Ressuscité, mais cette décision exige l’exclusivité. Il ne peut être question de dire un "oui", qui n’engagerait qu’une partie de notre personne. Un tel engagement suppose nécessairement une conversion, un renoncement à tout son passé de péché et de refus de Dieu. Cette décision pour le Christ provoque fatalement une séparation de ceux et celles qui ne partagent pas la même foi.

Tout amour exige un sacrifice, le pur amour, sans mélange, réclame le sacrifice absolu de tout ce qui s’oppose à cet amour ou même à ce qui se trouve en dehors de lui. "Les petites causes demandent de petits sacrifices, mais les grandes causes exigent de grands sacrifices," selon un précepte du parti communiste.

Les exemples sont nombreux d’amoureux qui ont tout quitté, parents et amis, par fidélité à la personne qu’ils aimaient. Ils ont tout abandonné et sacrifié pour un amour transitoire d’ici-bas, tandis que Celui qui sollicite notre amour est le Fils unique de Dieu : "Il m’a aimé et s’est livré pour moi," s'écrie saint Paul (Gal 2,20). La réponse, qui correspond à un tel amour, ne peut être que radicale, comme celle de François d’Assise, se dépouillant de tout et se séparant de son père, qui ne reconnaît plus son fils, qui s’avance sur le chemin du dénuement et de la sainteté.


Jean-Louis D’Aragon, s.j.
 

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