L'évangile de jeudi (Mt 1, 18-24)

Au cœur de l’évangile d’aujourd’hui, il y a la question de la maternité virginale. Marie, fiancée à Joseph, se trouve enceinte avant la consommation du mariage. Contrarié mais incapable de méchanceté, Joseph décide de la répudier en secret. Mais il est averti en songe qu’elle est grosse des œuvres du Saint-Esprit, et que l’enfant sauvera son peuple de ses péchés. Joseph reçoit l’ordre de prendre Marie chez-lui, et il s’exécute.

Il est bien évident que la maternité virginale est une impossibilité biologique. Mais comment alors interpréter ce texte? Une première solution est d’y voir un mystère, précisément le mystère de l’incarnation, qui n’a besoin d’aucune explication : il faut y croire et c’est tout! C’est la position de la majorité des chrétiens, curieusement suivis en cela par les musulmans qui, eux aussi, ne voient aucun problème à propos de la maternité virginale de Myriam. Aux mécréants qui rejettent ce dogme, le Coran pose une question: pourquoi Dieu qui a créé Adam à partir de rien (sans père ni mère) serait-il incapable de créer Issa (Jésus) à partir d’une mère mais sans père? En Islam, Myriam est d’ailleurs vénérée comme l’une des quatre « Femmes parfaites » ou « Dames du Paradis ».

Bien évidemment, théologiens et exégètes contemporains ne se contentent pas d’avaliser cette position qui ressemble à une démission de l’intelligence. Un illustre prédécesseur, Thomas d’Aquin, a affirmé que l’objet de leur métier, la théologie, est « la foi en quête d’intelligence ». Ils tentent donc de donner à la question de la maternité virginale des interprétations intelligentes. La plupart du temps, leur érudition va chercher dans l’Ancien Testament des « précédents » leur permettant de situer ce texte dans le « genre littéraire » des naissances miraculeuses. Mais l’Ancien Testament ne parle pas vraiment de maternité virginale. On peut y trouver des récits de naissances anormales dont le parfait exemple serait celui de Sara qui accouche d’Isaac après avoir dépassé depuis longtemps l’âge de la ménopause. Mais Isaac est fils d’Abraham!

En fait, le discours sur la maternité virginale n’a pas de racines bibliques et n’a rien de typiquement chrétien. L’histoire des religions montre que le recours à ce concept déborde le christianisme dans l’espace et dans le temps. On le retrouve notamment dans la religion de l’Égypte et de l’Inde antiques et dans les religions premières. Les exégètes ont raison de chercher le sens de ce concept en le situant dans « un genre littéraire ». Mais je trouve plus éclairant de sortir du judéo-christianisme pour le rattacher au genre littéraire que l’histoire des religions désigne par le terme « mythe » : une histoire sacrée qui raconte les origines, la création, la naissance du monde, y compris la naissance des dieux. Le texte proposé à notre réflexion parle exactement de cela : la naissance de Dieu.

Une certaine apologétique pourrait attaquer cette interprétation qui relativise la supériorité du christianisme. Mais l’une des tâches qui s’impose à notre époque est de construire des ponts qui relient les humains plutôt que des murs qui les séparent. En rattachant la version chrétienne de la maternité virginale aux mythes de la naissance divine, on relie les chrétiens à l’humanité croyante. La foi en quête d’intelligence établit ainsi une passerelle entre ceux et celles que divers fanatismes opposent en des conflits d’une violence souvent inouïe.

Melchior Mbonimpa
 

Tournée virtuelle

Nouvelles

Winter Weekend Retreat Vendredi, Février 6, 2015 - Dimanche, Février 8, 2015